
Le chantier prototype des sept travées de l'amphithéâtre
La
restauration d’un édifice tel que l’amphithéâtre
d’Arles passe nécessairement par la réalisation
d’une étude préalable dans le but de définir
les principes de restauration à suivre dans l’optique de
la sauvegarde du monument. L’objectif ici est de le “cristalliser”
dans sa configuration actuelle, de garder les témoignages des
restaurations passées et de stopper, ou de ralentir, l’altération
des matériaux.
Cette étude préalable a été menée
par une équipe de spécialistes (étude historique
et architecturale, relevés photogrammétriques, problématiques
de la restauration, étude de l’altération des matériaux).
Elle a permis de définir un cahier des charges précis
dans le choix des techniques et des orientations de restauration à
suivre : choix de la pierre de substitution, des mortiers de ragréage
spécifiquement formulés, de la technique de nettoyage
(par hydrogommage) et de ses paramètres d’utilisation (pression,
type de poudre, granulométrie, distance de travail).
Le chantier “prototype” des sept travées qui vient
de s’achever a permis de valider les techniques et orientations
des restaurations préconisées dans l’étude
préalable.
Le Lerm
(Laboratoire d’études et de recherches sur les matériaux),
basé à Arles, a été un acteur majeur dans
cette étude par son apport scientifique sur des questions telles
que la caractérisation physique des pierres en œuvre, la
recherche d’une pierre de remplacement, la caractérisation
des mortiers anciens, des salissures et altérations affectant
les pierres, la recherche de procédés de nettoyage, ragréage,
rejointoiement et finition, ainsi que la recherche de cavités
dans les maçonneries par imagerie radar en vue de confortements
éventuels par injections.
Les différentes analyses réalisées sur des échantillons
prélevés sur le site (analyse pétrographique, vitesse
du son, résistance, porosité, capillarité) ont
déterminé le choix d’une pierre de remplacement
d’origine locale présentant des caractéristiques
similaires d’un point de vue physique, minéralogique et
esthétique : un des types de pierres présentes dans le
site d’extraction de Fontvieille (exploité par les Carrières
de Provence).
Les analyses ont également concerné les encroûtements
et salissures affectant les pierres de l’amphithéâtre.
La surface s’est en effet couverte de dépôts nés
d’une réaction chimique entre la pierre calcaire et son
environnement (pollution urbaine ou atmosphérique) ainsi que
de dépôts de poussières. Ces résultats ont
permis d’orienter le restaurateur vers un procédé
de nettoyage de type hydrogommage. Ce procédé lui-même
obéit à des normes précises quant à la nature
de la poudre utilisée, la pression et la distance de la buse
par rapport à la pierre, etc.
Enfin, des produits de ragréage ont été mis au
point afin de redonner une continuité des lignes et de protéger
les supports des ruissellements. Ces produits, spécifiquement
formulés selon les caractéristiques physiques des pierres,
présentent la particularité de se décliner selon
une palette de couleur afin de se rapprocher des caractéristiques
du parement existant (mosaïque de couleur, épidermes différents,…).
Une
des principales innovations de ce chantier a été la mise
en place, grâce à la participation du carrier et des entreprises,
d’une méthodologie de contrôle et de traçabilité
des blocs de pierre extraits pour la restauration de l’édifice.
L’Architecte en chef des Monuments historiques, Alain-Charles
Perrot a défini le faciès souhaité pour les blocs
qui ont été ensuite réservés par le carrier.
A l’issue de cette première sélection, le Lerm est
intervenu afin de réaliser une série de mesures et d’essais
permettant d’affiner cette première sélection (examen
visuel, mesure de la dureté, auscultation par réflectométrie
radar dans le but de déceler d’éventuels vides ou
fissures dans les blocs).
Les blocs retenus à l’issue de ce deuxième contrôle
ont fait l’objet d’un marquage précis, afin d’obtenir
une traçabilité rigoureuse : suivi de l’échantillon
depuis la carrière puis par passage en taillerie, et jusqu’à
sa pose sur le chantier.
(Source : Un chantier exceptionnel au cœur de
la ville d’Arles : la restauration de l’Amphithéâtre
romain, François Martin et Gilles Martinet, Lerm, article publié
dans la revue Pierre Actual – juillet 2003)
Mortier de ragréage : un mortier, matériau durcissant
à l’air ou faisant prise par hydratation, est couramment
utilisé pour lier les pierres entre elles. Utilisé en
ragréage, il comble les manques parfois importants des pierres
qui constituent la structure et permet de les reconstituer dans leur
forme initiale.
Hydrogommage : procédé de nettoyage basé
sur l’association de trois éléments chimiquement
neutres : l’eau, l’air et un granulat fin (ici une poudre
calcaire). Ce mélange est projeté par un fort volume d’air
sur la surface à nettoyer
Granulométrie : mesure de la forme, de la dimension
et de la répartition en différentes classes des grains
et des particules de la matière analysée
Rejointoiement : regarnissage des joints d’une maçonnerie
Analyse pétrographique : analyse des roches, de leur
structure et de leur composition.
Réflectométrie radar : “échographie”
d’un bloc de pierre à l’aide d’ondes électromagnétiques
afin de déceler d’éventuelles anomalies internes.